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Ce blog sert de journal à notre collectif citoyen créé à Argentan (Orne) par des cheminots et des usagers pour la défense du service public ferroviaire dans le sud Normandie. Il rend compte des déclarations, des actions de ce collectif auprès de la population et des élus. Il présente aussi des réflexions pour la défense du service public.

COMMENT LES ETATS RÉPONDENT-ILS A LA DÉFAILLANCE DES OPÉRATEURS PRIVES FACE A LA CRISE FINANCIÈRE ET SANITAIRE ?

COMMENT LES ETATS RÉPONDENT-ILS A LA DÉFAILLANCE DES OPÉRATEURS PRIVES FACE A LA CRISE FINANCIÈRE ET SANITAIRE ?

Depuis 1990 la politique de l'Union Européenne a prôné la libéralisation du rail, commencée en Grande Bretagne et continuée en Allemagne. La France a suivi ces modèles par l'adoption des différents paquets ferroviaires entre 1995 et 2018, lesquels ont abouti à la disparition de la SNCF en tant que monopole d'Etat d'une société ferroviaire nationale intégrée. Ainsi, depuis janvier 2020 la SNCF est devenue, à la suite du vote de la contre-réforme de mars 2018, le Groupe Public Ferroviaire SNCF constitué de 5 sociétés anonymes. Cette transformation fixe entre autres les modalités et le calendrier d'ouverture des trafics Voyageurs à la concurrence et décide des investissements en fonction de leur rentabilité.

Cependant, face à la colère des usagers britanniques le nouveau gouvernement conservateur a annoncé la re-nationalisation du rail britannique. Qu'en est-il réellement ? 

L'article que nous avons traduit suggère une autre vision de ce fait, moins angélique, en le mettant en perspective avec l'annonce la semaine dernière de la prise en charge par la Deutsche Bahn des voyageurs ayant pris un billet Flixtrain, opérateur privé qui se retire, au moins jusque fin avril 2020, des longs trajets du fait de l'explosion de la crise sanitaire qui fait chuter le chiffre d'affaire.

Rappelons que Flixtrain a posé sa candidature pour assurer des circulations sur 5 de nos grandes lignes en France, candidature en cours d'examen par l'Autorité de Régulation des Transports (ex ARAFER) pour une arrivée en 2021.

Article du 28.03.2020

L'État garantit les pertes des opérateurs privés
Londres intervient en tant que propriétaire de British Rail dans la crise. Cette démarche est également envisageable en Allemagne. La Deutsche Bahn "sauve" les opérateurs privés.

 

En période de pandémie et de crise économique mondiale, il est une fois de plus évident que la politique de privatisation des chemins de fer menée depuis des décennies a échoué et que le secteur ferroviaire est lui aussi pleinement touché par la crise. Cela devient clair lorsque l'on regarde la Grande-Bretagne, où, dans les années 1990, le gouvernement conservateur a démantelé l'ancien chemin de fer d'État British Rail et en a privatisé les différentes parties. C'était le prélude à une vague de privatisations et de libéralisation à l'échelle européenne, qui a atteint différents degrés dans différents pays.

Au début de cette semaine, le Premier ministre britannique Boris Johnson a été contraint d'admettre à sa manière que 25 ans après le démantèlement et la privatisation de British Rail, le gouvernement se trouve dans une situation désastreuse. Les FAZ et Welt [Franckfurter Allegemeine Zeitung - die Welt journaux allemands. NDT] ont rapporté à la hâte et à tort que le gouvernement avait "renationalisé" les chemins de fer britanniques mettant en œuvre une demande des syndicalistes et du parti travailliste. Mais à y regarder de plus près, les compagnies ferroviaires privées n'ont pas été rachetées ni même expropriées, mais plutôt mises en laisse dans un acte forcé par la crise et de facto dans leur intérêt. "Il ne s'agit pas de nationalisation, mais de subventions massives de l'État aux entreprises privées. Les profits sont privatisés, les pertes sont socialisées", a déclaré vendredi le journaliste londonien Rob Sewell à jW.

 

De fait, le ministère des transports a suspendu les précédents accords de franchise avec les opérateurs privés en ce qui concerne leurs services de transport. Dans le même temps, un "accord d'urgence" a été conclu avec eux. Selon cet accord, ils doivent continuer à exploiter des services de transport de voyageurs pendant les six prochains mois. Les revenus et les coûts des entreprises privées seront transférés à l'État et celles-ci recevront des subventions publiques, les soi-disant "frais de gestion".

Les grandes compagnies ferroviaires privées britanniques ont été mises en difficulté par la pandémie de coronavirus et la crise économique. Comme beaucoup de gens restaient chez eux et que les flux touristiques se sont soudainement taris, les ventes et les cours des actions ont chuté du jour au lendemain. Et comme il ne pouvait pas permettre que des compagnies de chemin de fer insolvables cessent complètement leurs activités, provoquant ainsi l'effondrement partiel de l'infrastructure, le Premier ministre Johnson s'est senti obligé d'intervenir.

"Les mêmes promesses que le gouvernement a faites aux opérateurs privés doivent également s'appliquer aux employés. Leur santé, leur sécurité et leurs moyens de subsistance doivent être la priorité absolue", demande Michael Cash, secrétaire général du syndicat des transports RMT. Les emplois, les salaires et les pensions doivent être garantis pour tous, a déclaré le syndicaliste. "La réduction des activités ferroviaires doit être préparée à un retour à la normale. Pour ce faire, les connaissances de tous les employés sont nécessaires", a souligné M. Cash.

 

De telles interventions, comme en Grande-Bretagne, pourraient-elles maintenant être imminentes en RFA ? C'est une question qui n'est pas entièrement fictive. En Allemagne, les chemins de fer privés ont désormais arraché environ 40 % de la part de marché de la grande Deutsche Bahn AG (DB) dans le domaine du transport régional et du fret. Une introduction en bourse de la DB a été arrêtée à la dernière minute en octobre 2008 en raison de la dernière crise économique. De sorte que la DB est encore aujourd'hui une société anonyme appartenant au gouvernement fédéral. Beaucoup s'en réjouissent, car la DB est pour l'instant épargnée d'éventuelles batailles de prise de contrôle.

 

Un avant-goût du fait que les compagnies ferroviaires de privées allemandes pourraient également partir en vrille a récemment été fourni par une annonce de Flixtrain et de la DB. Flixtrain cessera d'exploiter des trains longue distance jusqu'à la fin du mois d'avril, et échoue de cette façon à son premier test majeur. Ceux qui ont déjà réservé un billet de Flixtrain peuvent désormais utiliser les trains de la DB. Le trafic est également suspendu chez la société sœur Flixbus. Le facteur décisif ici n'est probablement pas tant la préoccupation pour la santé des employés des sous-traitants que la crainte d'une baisse des revenus et des bénéfices due aux annulations de passagers - une indication que l'activité ferroviaire est conçue pour le long terme et que les attentes de rendement à court terme sont contre-productives. Il reste à voir comment les déclins actuels vont affecter maintenant les autres opérateurs privés allemands dans le transport régional et le transport de marchandises. Certaines des 450 compagnies de chemin de fer, 130 sociétés de location et 140 écoles de formation de conducteurs de train pourraient très bien commencer à vaciller bientôt.

 

La DB, qui emploie environ 200 000 personnes en Allemagne, maintient ses activités avec des trains et des bus, mais a, selon ses propres informations, réduit à court terme d'environ 25% les circulations des trains longue distance. Les gestionnaires des chemins de fer s'attendent à ce que le nombre de passagers et les revenus diminuent en 2020. Ils ont récemment convenu avec les syndicats EVG et GDL de s'abstenir de licenciements pour des raisons opérationnelles. Ceux qui doivent s'occuper d'enfants jusqu'à Pâques peuvent rester à la maison jusqu'à 15 jours sans perte de salaire. Alors que le syndicat des conducteurs de train GDL suggère une nouvelle réduction de l'offre de transport pour la durée de la crise, le syndicat DGB EV demande que l'Etat fédéral, en tant que propriétaire, compense les pertes.

 

Traduit par nos soins

https://www.jungewelt.de/artikel/375394.infrastruktur-staat-haftet-f%C3%BCr-verluste.html?fbclid=IwAR2ir3UOot6Qe2M20BG5XDPjLDmOoN6GBIG9jXZ7FqbN-V6_-e_lWq5tL18

 

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